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Région Centre

 

Cher

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Cher

Superficie

7 228 km2

Point culminant

Le Magnoux (504 m)

Chef-lieu

Bourges. 2 arrondissements. 35 cantons. 290 communes.

Population

321 559 hab. (recensement 1990)

Histoire

L'homme apparut dans le Cher dès le paléolithique, mais c'est surtout à l'époque celtique que la renommée du peuple biturige dépassa nos frontières. Malgré une défense héroïque, leur capitale, Avaricum, fut prise et détruite par Jules César en 52 av. J.-C. La paix romaine et la prospérité s'étendirent durant trois siècles sur tout le territoire. Après une période troublée du 4ème au 11ème, le Cher, partie orientale de la province de Berry, sous le gouvernement des vicomtes, fut l'objet de nombreux enjeux qui entraînèrent destructions et pertes humaines. Ce n'est qu'au 11ème, avec la paix revenue, que s'élevèrent des monuments religieux encore visibles. Philippe Ier acheta Bourges et sa vicomté. En 1101, le Berry entra dans le domaine royal et, en 1137, Louis VII fut sacré dans la cathédrale de Bourges. La région connut alors une vie prospère et, dès la fin du 12ème jusque vers 1250, les Berruyers virent s'élever leur magnifique cathédrale gothique. Malgré les vicissitudes de la guerre de Cent Ans, la présence à Bourges et à Mehun-sur-Yèvre du duc Jean, fils, frère et oncle de rois, auquel le Berry avait été donne en apanage en 1360, entraîna un renouveau artistique de premier ordre. Sous son mécénat, sculpteurs, enlumineurs, maîtres verriers, architectes réalisèrent des chefs-d'oeuvre, aujourd'hui dispersés ou disparus. Un peu plus tard, Charles VII, réfugié en Berry, trouva un appui financier auprès de son argentier Jacques Coeur dont la prospérité fut le fruit de son intense activité commerciale. En 1487, l'incendie de la "Madeleine" détruisit une grande partie de la ville de Bourges qui connut alors une période de reconstruction (maisons à pans de bois, hôtel Lallemant...). Avec le règne de Louis XI, natif de Bourges, la capitale du Berry devint le siège d'une université dont la renommée attira de nombreux étudiants étrangers. Des maîtres célèbres y enseignèrent (Calvin et Cujas) malgré les troubles consécutifs aux guerres de Religion. En 1572, les protestants de la ville de Sancerre furent assiégés par les troupes royales pendant de longs mois. La région connut ensuite une période de langueur. Pourtant en 1778, elle devint l'une des provinces pilotes pour être administrée par une Assemblée provinciale élue (ancêtre du Conseil général) où des notables éclairés, tel Béthune-Charost, prirent une part active. La Révolution resta surtout dans les mémoires à travers "la Vendée du Sancerrois" qui agita Val de Loire et Pays Fort, et la division en deux départements, Cher et Indre, de l'ancienne province de Berry. Le second Empire, marqué par le voyage de Napoléon III dans le département, vit le début d'importants travaux d'assainissement et d'aménagement de la Sologne et la construction d'arsenaux à Bourges dont l'efficacité fut particulièrement ressentie pendant la Grande Guerre. L'industrie métallurgique, connue dès l'époque romaine, vit son apogée au milieu du 19ème; elle se transforma ensuite en industries à technologies spécialisées. Aujourd'hui, le Cher s'oriente vers les techniques de pointe, en regroupant, dans un salon, la productique, la télématique et la vidéo-communication.

Géographie

Situé au centre géographique de la France, le Cher présente des paysages variés. La plus grande partie de son territoire, autour de Bourges, est constituée par la Champagne berrichonne, grandes étendues plates favorables aux cultures céréalières. Au nord-est, la Sologne, zone d'étangs et de forêts gagnée au siècle dernier sur des marécages, est un lieu privilégié de chasses et de pêches privées. La colline de la bordure orientale, Pays Fort et Sancerrois.. dominent le Val de Loire. Les pentes calcaires proches de Sancerre sont couvertes de vignobles dont la réputation est fort ancienne. Au sud-est, la vallée de Germigny, terre d'élevage de bovins, laisse plus au sud la place au Boischaut; cette zone vallonnée et verdoyante, traversée par la vallée du Cher, connaît des aménagements touristiques (abbaye de Noirlac, château d'Ainay-le- Vieil, Culan, Meillant) et de loisirs (plans d'eau de Sidiailles et de Mareuil). L'antique cité gallo-romaine de Châteaumeillant reste un centre vinicole apprécié. Des massifs forestiers importants, vestiges des grandes forêts royales, apportent verdure et fraîcheur aux habitants de Bourges et de Vierzon. Les marais gagnés sur l'Yèvre et l'Auron forment une ceinture verte autour de Bourges, mis en valeur et cultives amoureusement par des générations de jardiniers.

Arts, activités et économie

Vestiges encore visibles de l'époque gallo-romaine, les monuments de Drevant (théâtre, temple) restent les témoins les plus accessibles de la civilisation antique qu'évoquent également les collections archéologiques présentées dans les musées de Bourges et de Saint-Amand-Montrond. Après l'an mille, le développement de l'esprit religieux entraîna la construction de nombreuses églises et abbayes de style roman : Châteaumeillant, Dun-sur-Auron, Jussy-Champagne, Mehun-sur-Yèvre, Plaimpied.. parfois ornées de peintures murales comme à Allouis, Brinay et Chalivoy- Milon. Joyau de l'art gothique, la cathédrale de Bourges domine de ses 66 m la cité berruyère; elle conserve un ensemble de vitraux historiés du 13ème au 17ème, remarquables par leur coloris. La magnificence de la vie de cour du duc Jean de Berry est évoquée de nos jours par des sculptures (pleurants et statues de prophètes conservés aux musées de Bourges), des miniatures ("Très riches heures" dues aux frères de Limbourg et à Jean Colombe) et par les vestiges du château de Mehun-sur-Yèvre. Rare édifice civil demeuré intact, le Palais, édifié pour Jacques Coeur vers 1450, donne encore une idée du logis d'un riche commerçant. Bourges reste à la fin du Moyen Age un centre où travaillent des artistes tels Jehan Fouquet (peintre), les frères Colombe (sculpteurs et enlumineurs), Lescuyer (maître verrier) et des architectes réputés. Un peu plus tard, au début du 17ème, le peintre berruyer Jean Boucher, dont Mignard fut l'élève, réalisa des toiles religieuses dont certaines ornent la cathédrale et des églises à Bourges et en Berry. L'art de la céramique, activité traditionnelle due à la présence d'argile, prend au 19ème l'aspect d'oeuvres d'art populaire à La Borne grâce à la famille Talbot (figurines de grès). Cette tradition se perpétue de nos jours sous l'impulsion d'artistes regroupés autour d'Henrichemont et en Sancerrois. Les arts de la table ont pris une importance non négligeable grâce au savoir-faire des porcelainiers du Berry (Vierzon, Mehun...) dont les mazagrans, récipients pour le café, fixent la réputation dès le siècle dernier.

Eure-et-Loir

Superficie

5 940 km2

Point culminant

commune de Vichères (287 m).

Chef-lieu

Chartres. 4 arrondissements. 29 cantons. 402 communes.

Population

396 073 hab. (recensement 1990)

Histoire

Le département d'Eure-et-Loir correspond à la partie centrale du territoire des Carnutes qui ont joué un rôle essentiel dans la résistance à César lors de la guerre des Gaules. Il s'étend pour partie de la Beauce et, vers l'ouest, sur des régions plus boisées qui constituaient les marges du territoire des Carnutes. Le nombre des monuments mégalithiques, la densité des trouvailles d'objets d'époque néolithique attestent une occupation dense par les premiers agriculteurs sur l'ensemble de la Beauce et leur présence presque partout ailleurs. La période protohistorique est largement représentée par des sites de cap barré le long des vallées, les plus connus étant ceux du Fort-Harrouard (commune de Sorel-Moussel) à l'extrême nord du département, du Camp de César, improprement nommé, au voisinage de Maintenon, et ceux qu'on ne signale guère car ils ont constitué le noyau des villes de Chartres et de Châteaudun. Au fil des explorations aériennes cette protohistoire se découvre peu à peu, présente non seulement dans les vallées et sur leurs flancs, mais également sur le plateau. C'est donc dans un pays déjà occupé que se sont insérés les Celtes, puis que s'est étendue la civilisation romaine. L'aspect urbain de celle-ci n'est pas encore bien connu dans ce secteur. On sait seulement que Chartres-Autricum fut une grande ville, alimentée en eau par deux aqueducs; il y avait un amphithéâtre important, un forum au moins, des temples. A Dreux on commence à entrevoir les traces de cette époque tandis qu'à Châteaudun la découverte est moins avancée. Pour ce qui est de la campagne, les trouvailles de tous ordres montrent que le sud de la Beauce est entré dans une économie monétaire qui touche apparemment moins le reste du département. Des soubresauts divers, à partir du 9ème, et des invasions barbares, on n'entrevoit bien que les ruines qu'ils ont accumulées. Il faut attendre la fin du premier millénaire pour disposer de renseignements certains. La vieille capitale religieuse, Chartres, est devenue le siège de l'évêché. Un don de Charles le Chauve, le voile de la Vierge venu du Byzance, va être le support d'un extraordinaire mouvement de pèlerinages qui vont faire la richesse de la cité et sont un élément de la puissance de ses institutions religieuses. L'autre source de cette puissance réside tout simplement dans la richesse de la Beauce où le chapitre de la cathédrale possède de grands domaines. C'est de cette richesse et de cette puissance que découlent les cathédrales successives. La dernière construite, qui constitue la majeure partie du célèbre monument actuel, fut élevée en à peine plus d'une génération, de 1194 à 1230 environ. Cet éclat matériel se double alors d'une grande renommée intellectuelle. L'évêque Fulbert se situe à l'origine du développement de l'école de Chartres qui va s'épanouir pendant près de deux siècles. A côté de maîtres célèbres comme Thierry et Bernard de Chartres il faut noter la place de l'évêque Yves qui fut l'un des grands canonistes de l'Eglise de son temps. La qualité d'autres églises de la même époque, St-Pierre de Chartres, la Madeleine de Châteaudun, divers édifices détruits, ou peu s'en faut, et même l'intérêt de petits monuments ruraux attestent l'ampleur du mouvement religieux et la prospérité économique ambiante aux 12ème et 13ème. Pendant ce temps, sur le plan politique et militaire, Louis le Gros réduit à merci, au prix d'une longue lutte, le sire du Puiset dont l'énorme forteresse, de terre, au sud-est du département, défiait la monarchie. Durant la guerre de Cent Ans, cette région, au centre de la France et au coeur des domaines royaux, souffrit beaucoup. C'est à Brétigny, petit hameau au sud de Chartres, que fut signé le traité de 1360 qui donna un moment de répit. Plus tard, c'est au sud du département que se joua l'épisode mémorable de la bataille des Harengs qui vit un convoi de vivres destiné aux assiégés d'Orléans arrête par les Anglais. Le Bâtard d'Orléans, compagnon de Jeanne d'Arc, et sauveur de la ville d'Orléans, reçut en récompense le comte de Dunois. Les parties les plus récentes du château de Châteaudun et quelques belles demeures dans la ville datent de son séjour et de celui de ses premiers descendants. Le territoire du département fut encore champ de bataille au 16ème, pendant les guerres de Religion, puis pendant la Fronde qui, dans ses derniers épisodes, faillit voir une révolte des nobles de Beauce contre Louis XIV et son ministre Mazarin. Tragique champ de bataille encore quand déferle la guerre de 1870; c'est le 2 décembre de ce cruel hiver que se déroulèrent les combats de Loigny-la-Bataille et le sacrifice des zouaves pontificaux. La ville de Châteaudun, incendiée déjà deux fois au cours de son histoire (sous la Ligue en 1590 et accidentellement en 1723 où elle fut presque totalement détruite), fut une nouvelle fois détruite pour avoir résisté aux Allemands en 1870. Enfin, Jean Moulin, préfet d'Eure-et-Loir en 1940, eut à Chartres ses premiers démêlés avec l'envahisseur.

Géographie

Lors du premier projet d'organisation départementale du territoire français il avait été prévu de placer Chartres à la tête d'une circonscription homogène qui aurait englobé Dourdan et toutes les zones beauceronnes de l'ancienne Seine-et-Oise. Comme le roi désirait voir ses domaines de la couronne parisienne dans un même département, il en fut décidé autrement et c'est pourquoi le département de l'Eure-et-Loir s'étend sur tout ou partie de trois régions naturelles. Au nord, le Thimerais est pays de bois, plateau entaillé par quelques rivières, au relief généralement modéré là où un cours d'eau ne découpe pas une pente abrupte. Au sud-ouest et à l'ouest, le Perche est pays de collines, naguère de bocage, pays d'élevage jadis célèbre Pour ses chevaux. Au centre et à l'est s'étale la Beauce dont on a maintes fois décrit la monotonie du relief, la sécheresse, l'absence de bois et de curiosités naturelles, sans souligner assez l'austère beauté de sa richesse. Aussi loin que remontent nos connaissances sur le passe, il semble que la Beauce ait toujours produit plusieurs fois ce qui était nécessaire à la nourriture de ses habitants. Elle fait de l'Eure-et-Loir un très gros producteur de céréales. Toute trace d'élevage en a maintenant disparu, la petite exploitation n'y existe plus guère et la production de blé y a pris la plupart des caractères d'une industrie. Ces trois régions naturelles sont inégalement pourvues de cours d'eau. Ni l'Eure, qui coule d'abord vers l'est puis vers le nord, ni le Loir, qui se dirige vers le sud, n'entament la Beauce. Leurs affluents principaux drainent le Thimerais et le Perche dont les eaux se partagent d'ailleurs, une partie fuyant vers l'Huisne en bordure du département. Le limon de Beauce est trop riche pour que les hommes y tolèrent la forêt. L'humidité plus grande et la pauvreté des sols sur argile à silex expliquent sa présence dans la région de Châteauneuf et de Dreux au nord et au nord-ouest et à l'ouest vers Champrond-en-Gâtine, Senonches et La Ferté-Vidame. C'est dans ces régions et dans le Perche que l'on rencontre les étangs et les cours d'eau qui en font des pays de pêche, alors que la Beauce était autrefois renommée pour le gibier. Mais ce dernier disparaît : les engrais, les pesticides à hautes doses raréfient perdrix et lièvres plus sûrement que les chasseurs. Sur le plan économique ces régions différentes étaient harmonieusement complémentaires. Les villes-marchés, au contact des zones, concentraient le trafic tirant de l'élevage, du bois, de l'artisanat du Perche et du Thimerais ce qui se vendait en Beauce. Depuis longtemps, ces échanges se sont ralentis et, sous nos yeux, ils s'effacent totalement. La culture des céréales déborde la Beauce, chasse l'élevage, rase les haies, laisse les habitants sans autre ressource que le départ pour la ville. L'agglomération chartraine a su attirer nombre d'industries peu polluantes; Nogent-le-Rotrou et Châteaudun ont fait de même à un moindre degré. Dreux pendant ce temps est devenu une ville dortoir pour la main-d'oeuvre des usines de construction automobile de la vallée de la Seine.

Arts, activités et économie

Les monuments qui marquent le département sont presque tous religieux. La cathédrale de Chartres est célèbre dans le monde entier. Ce qui est moins remarqué c'est que la même ville avec les églises St-André, quasiment détruite, St-Pierre et St-Aignan possède des édifices dont beaucoup de cités s'enorgueilliraient et que l'histoire du vitrail s'y trouve représentée de façon continue pendant des siècles. L'église St-Pierre de Dreux est un grand édifice, d'une toute autre époque, comme l'était la collégiale St-Etienne de cette ville, détruite à la Révolution. A Dreux encore, la chapelle royale, mausolée de la famille de France, représente le 19ème. La Madeleine de Châteaudun, mutilée par des accidents au cours des siècles et lors de la Révolution, appartient au Moyen Age tandis que l'état actuel de St-Valérien résulte de l'apport de plusieurs siècles, du 11ème au 17ème. Le domaine civil est marqué par de vieilles forteresses. Le donjon de Châteaudun, en particulier, est un bon témoin d'un moment de l'art militaire tandis que ceux de Bois-Ruffin, Alluyes, Auneau, Gallardon n'ont de renommée que locale. Les parties plus récentes du château de Châteaudun, 15ème au début 1611, permettent à l'édifice de prétendre au titre de première étape dans la visite des châteaux de la Loire (bien que sur le Loir). Au nord du département, le château d'Anet, en partie détruit à la Révolution, fut construit pour Diane de Poitiers. Celui de Maintenon, propriété de la seconde épouse de Louis XIV, est fort bien conservé et les vestiges grandioses de l'aqueduc qui devait enjamber la vallée et conduire les eaux de l'Eure à Versailles se voient encore dans le paré. Beaucoup d'autres châteaux, plus modestes, construits ou reconstruits au 17ème ou au 18ème, ont constitué le cadre de vie de la noblesse de la région. Mais l'oeuvre de Saint-Simon mise à part, celle de Dangeau également, ce n'est pas dans ce milieu nobiliaire que réside l'essentiel du mouvement intellectuel mais plutôt dans les familles de la bourgeoisie liées au clergé. Philippe Desportes et Mathurin Régnier sont du pays chartrain. La famille Nicole est originaire de Chartres, ville janséniste. A la veille de la Révolution émergent ceux qui vont y jouer un rôle essentiel, par leurs idées ou leurs actions : Sieyès, Pétion, Brissot, Chauveau-Lagarde sont chartrains, tout comme le général Marceau qui représente l'homme d'action face aux politiciens. L'activité intellectuelle porte encore ses fruits après la période révolutionnaire. La famille chartraine Chasles donne un mathématicien de valeur et un philosophe connu. Ils ne se vantent guère de leur parente avec le Chasles conventionnel et régicide. Marcel Proust, plus près de nous, a rendu célèbre la petite ville d'Illiers, berceau de sa famille, sous le nom de Combray. Anatole France avait des aïeux beaucerons. Zola vint chercher dans le sud du département l'inspiration de "La Terre". Ce furent cependant des étrangers au département, le parisien Huysmans et Péguy, l'orléanais, qui chantèrent la cathédrale de Chartres.

Indre

Superficie

6 825 km2

Point culminant

colline de Fragne (459 m).

Chef-lieu

Châteauroux. 4 arrondissements. 26 cantons. 247 communes.

Population

237 510 hab. (recensement 1990)

Histoire

La distinction entre haut et bas-Berry ne paraît pas découler de l'ancien partage, aux 9ème et 10ème, du comté de Bourges entre les allégeances capétienne et aquitaine; elle ne contredit pas une identité berrichonne certaine, remontant à la nuit des temps, identité dont la cohésion a été fort entamée, il faut bien le méconnaître, par la création des départements de l'Indre et du Cher. Création arbitraire dans la mesure où chaque département s'étoffait de territoires périphériques, tout en abandonnant à nos voisins quelques enclaves traditionnellement berrichonnes. Pour l'Indre, des parcelles de Limousin au sud, des morceaux de Poitou au sud-ouest, quelques pans de Touraine annexés à l'ouest, ainsi qu'au nord des portions de Val- de-Loire; en somme ne se constituant pas comme une région géographique cohérente, si ce n'est qu'il appartient géologiquement au Bassin parisien, là où celui-ci vient s'adosser au Massif central, et, administrativement à la Région Centre, réalité que le bon sens et la raison reconnaissent, quoi qu'on ait pu prétendre. Le département de l'Indre existe, malgré la complexité de ses paysages différents, contradictoires même, qui désoriente le géographe, le planificateur, l'aménageur et même l'ethnologue. Telles communes, par exemple, sont à cheval sur Boischaut et Champagne berrichonne, un modeste ruisseau séparant deux modes de vie, deux mentalités qui s'opposent. On pourrait discuter longtemps sur cette troublante adéquation qui existe entre le terroir et celui qui l'habite. Comment expliquer l'accueil si cordial du paysan du bocage et, disons, la froideur, sinon la méfiance, de celui de Champagne ? Une boutade affirme que le premier a le comportement d'un ancien riche, et que l'autre est un ancien pauvre. Il faut nuancer ce jugement, parler des régions de vignobles de celles où la vigne a disparu, des paysans affables des confins de Touraine, du repliement des Brennous. Et tenir compte de la part de plus en plus grande des populations urbaines, et de leur influence déterminante sur la mentalité collective. Pour celui qui veut acquérir la connaissance du milieu où il vit, ou même seulement où il passe, il lui faudrait tenter de superposer, comme en transparence, paysages et comportements, là où le touriste pressé ne perçoit que l'épiderme, et les reflets. Ce "Guide de l'art et de la nature" sera précieux aux uns comme aux autres. Il pourrait tout aussi bien s'intituler "Guide de l'environnement", si le terme n'avait été à la fois aussi galvaudé, et auréolé de je ne sais quel prestige magique. Environnement, que de crimes commis en ton nom ! L'Indre, plus tard que d'autres régions plus industrialisées, plus peuplées, plus polluées, découvre son environnement en même temps que les menaces qui pourraient fondre sur lui. Grâce à Dieu, en 1984, à l'heure où paraît cet ouvrage, nuls projets d'autoroute, de TGV, de centrale atomique, ne se dessinent à l'horizon. Tout juste vient-on de lancer l'idée d'un dépôt de déchets nucléaires, sans doute pour nous prouver qu'en ce monde rien n'est jamais acquis, que le pire est toujours possible, et que la tâche des écologistes ne sera jamais achevée. Il est vrai que la région se dépeuple, vieillit, ses activités économiques stagnent ou périclitent. Une région dite défavorisée, enclavée, oubliée. Mais une région admirable à bien des égards, où tout se conjugue, paysages variés, plaines, collines, vallées, rivières, étangs, terres à blé, prairies, landes et forêts, pour composer un écrin à une architecture exceptionnellement riche, simple et belle sans emphase. Et pourtant meurent les villages. six habitants au kilomètre carré en Brenne. et s'écroulent les magnifiques granges "à porteau" du Boischaut sud; et le paysan qui s'accroche, se replie davantage sur lui-même; et les silos de Champagne berrichonne croulent sous le grain.. Contrastes d'un département profondément enraciné, loin des grands brassages, des invasions, des épopées et des tentations romantiques. "Les lointains ont cette belle couleur bleue qui devient violette et quasi noire dans les jours orageux". Ainsi fut baptisée par George Sand la Vallée Noire, cette région au coeur du Boischaut que l'on découvre de la côte de Corlay, et pour nous qui la voyons tantôt verte, tantôt bleue, par la grâce de la bonne dame de Nohant elle restera à tout jamais la Vallée Noire. Il en va de même de bien des jugements portés sur notre bas-Berry. Il suffit qu'un écrivain de talent, comme Jean-Louis Boncoeur, nous parle de superstitions, et voici ranimés les "jeteurs de sorts", les sorciers, notre département est promu vedette par les médias, promotion que d'aucuns auraient préféré voir donnée à la Marche ou au Bourbonnais. Il est vrai que, par les temps qui courent, la sorcellerie se vend bien. Cette mode est la rançon de la foi scientiste des cent dernières années. On n'en finirait pas de citer des exemples de comportements irrationnels de nos compatriotes : recours aux rebouteux et aux exorcistes, légendes de souterrains fabuleux, bestiaire fantasmagorique Comment nier qu'au coeur de la France il n'est pas besoin de gratter profondément pour retrouver l'animisme primitif ? Signe de santé ou signe de décadence ? Les avis sont partagés. De même, cet engouement actuel pour les recherches généalogiques, pour les cartes postales, les photos jaunies, pour les artistes et les écrivains régionaux oubliés, les machines a battre et le folklore des années 1910, est-ce seulement une attitude de repli vers un passé récent, une civilisation rurale abolie ? L'archéologie, parallèlement, mais sans doute pour d'autres motifs que la nostalgie, a pris dans l'Indre un essor étonnant. Il n'y a pas si longtemps que les cartes laissaient apparaître de grands vides, alors qu'aujourd'hui le nombre des découvertes, la qualité des prospections et le sérieux scientifique des fouilles de sauvetage ou programmées prouvent que notre département, non seulement a été habité depuis la préhistoire, mais encore qu'il n'a rien à envier à d'autres quant à l'importance des civilisations néolithique et gauloise. Et, plus qu'ailleurs, il a été permis de vérifier ici ce principe : que la volonté, liée à la curiosité et à la compétence scientifique, sur un sol comme le nôtre, fait surgir l'histoire enfouie là où le profane passait jusqu'alors indifférent. Le lecteur remarquera aussi notre richesse en forteresses et en châteaux. Elle s'explique par notre histoire. Dès le Haut Moyen Age, nous sommes sur une zone de contacts, et de frictions, entre l'Aquitaine et les royaumes francs. Puis la longue rivalité des Plantagenêts et des rois de France, couronnée par la guerre de Cent Ans, a entretenu cette frontière défensive qui suit les vallées toutes orientées parallèlement. Le bas-Berry est aussi terre privilégiée pour les églises romanes. Elles sont souvent modestes, parfois imposantes, elles ont gardé, malgré de rares adjonctions du 15ème et 19ème, un cachet d'authenticité infiniment émouvant. Des ensembles conserves de fresques, ou seulement des vestiges, ajoutent à l'attrait qu'elles exercent sur les visiteurs. Parce que notre petite province a été relativement mieux épargnée par les destructions consécutives aux guerres et à la Révolution, son patrimoine monumental s'est maintenu mieux qu'en d'autres régions. Mais qu'en est-il de son patrimoine "naturel" ? Que de changements ces dernières décennies ! Le temps n'est pas si lointain où l'on pouvait affirmer que l'agriculteur restait le meilleur protecteur de la nature. Force nous est de reconnaître que les atteintes les plus graves ont été portées aux paysages, aux milieux naturels par des aménagements à finalité agricole. Remembrements, défrichements, arrachages de haies, curages et recalibrages de ruisseaux et de rivières, destructions de zones humides sont parmi les plus spectaculaires de ces atteintes, auxquelles viennent s'ajouter les effets indirects, moins visibles, de pratiques culturales intensives, grosses consommatrices d'engrais et de produits chimiques. C'est sans doute pourquoi on assiste ces dernières années à une prise de conscience de ces problèmes, où se trouve concernée la totalité des utilisateurs de l'espace. On le sent bien à l'attitude nouvelle des administrations et des élus qui désormais Paraissent plus attentifs à la gestion de notre environnement naturel. Protéger un marais, restaurer judicieusement, écologiquement, le cours d'une rivière, s'engager dans la création de "zones sensibles", créer des réserves naturelles ou un Centre permanent d'initiation à l'environnement comme celui d'Azay-le-Ferron, voici des actions que les associations de protection de la nature ont enfin la satisfaction de voir prendre en charge par les élus locaux. Quel avenir pour ces régions naturelles "marginales" que sont le Boischaut sud et la Brenne ? Il n'y a pas de solution miracle. Maintenir les activités agricoles. traditionnelles, développer un tourisme de découverte de la nature, avec chemins de randonnée, gîtes ruraux et camping à la ferme, un tourisme culturel grâce aux nombreux monuments, églises et châteaux, s'acheminer enfin vers la formule "Parc naturel régional", seule capable, à mon sens, d'empêcher la désertification et de sauvegarder l'originalité et la beauté de ce patrimoine architectural et naturel, voilà vers quoi nous devons tendre. La voie est étroite, au milieu des crises qui s'installent et des mutations qui s'amorcent. Mais, pour l'avenir de notre département, notre devoir est de ne négliger aucunes des chances qui s'offrent à nous.

Indre-et-Loire

Superficie

6 127 km2

Point culminant

la Ronde de Céré (189 m).

Chef-lieu

Tours. 3 arrondissements. 33 cantons. 277 communes.

Population

529 345 hab. (recensement 1990)

Histoire

Le département d'Indre-et-Loire, dont les limites correspondent à peu près à l'ancienne province de Touraine, a été peuplé dès la protohistoire par un mélange de populations préhistoriques et de nouveaux venus de race celtique ou gauloise, les Turons, partis de la haute vallée du Main. La romanisation commença dès la conquête par César en 52 av. J.-C. : ce fut alors la "cité" libre des Turons, dont le centre urbain s'appela Caesarodunum, et bientôt Turones, Tours. Très célèbre au début du Moyen Age à cause du pèlerinage au tombeau de saint Martin, qui avait été son troisième évêque (371-397), Tours fut l'une des cités-clés de la Gaule franque. Clovis, vainqueur à Vouillé, reçut à Tours les insignes de consul de l'Empire romain. Charles Martel, duc des Francs, repoussa les Sarrasins sur la voie romaine Poitiers-Tours (732). Charlemagne fit de son ministre Alcuin le maître d'une célèbre école de calligraphie et d'enluminure des manuscrits, et aussi l'abbé de St-Martin de Tours et de St-Paul de Cormery. Après avoir souffert des Normands qui remontaient la Loire et ses affluents, la Touraine fut disputée à l'époque féodale entre les comtes de Blois et d'Anjou; Foulques Nerra, comte d'Anjou, fit édifier d'énormes donjons carrés dont plusieurs subsistent (Langeais, Montbazon, Loches). Successeurs des comtes d'Anjou, les Plantagenêts furent chassés de Touraine après la mort dramatique du roi d'Angleterre, Henri II, au château de Chinon (1189). Le pays fut réuni au domaine royal capétien dès le début du 13ème. La paix permit la construction de centaines d'églises romanes (10ème-12ème), puis gothiques (13ème-15ème), les plus importantes étant la cathédrale St-Gatien de Tours, qui subsiste, la collégiale St- Martin et l'abbatiale de Marmoutier, détruites après la Révolution. Avec Charles VII et ses successeurs , la Touraine devint le coeur du royaume : Charles VII, à Chinon, Louis XI, à Plessis-lès-Tours, Charles VIII, à Amboise, attiraient la cour, les financiers, les grands capitaines victorieux de la guerre de Cent Ans. Léonard de Vinci fut à Amboise l'hôte de François Ier. La Renaissance commença en Touraine avec l'arrivée d'artistes italiens dès la fin du 15ème. Aux vieilles forteresses vinrent s'ajouter des demeures de plaisance, comme Chenonceau et Azay-le-Rideau. Les progrès de la Réforme, sensibles chez les artisans des villes, firent que la Touraine souffrit des guerres de Religion : conjuration d'Amboise (1560) et pillage des églises de Tours (1562). Les progrès économiques n'en continuèrent pas moins : armes et outils, draps de laine et de soie, tannerie, imprimerie à partir de 1484. Le passage des Valois aux Bourbons fut préparé à Plessis- lès-Tours (1589) par la réconciliation d'Henri III et d'Henri de Navarre. Pendant l'Ancien Régime, la Généralité de Tours comprenait l'Anjou, le Maine et la Touraine. Richelieu fit édifier sous Louis XIII un château (disparu) et une ville nouvelle, Richelieu, témoin de la volonté du grand cardinal-ministre. Choiseul, pourvu du duché-pairie d'Amboise, tînt après sa disgrâce la célèbre "cour de Chanteloup". Navigation active sur la Loire, grands travaux routiers, urbanisme nouveau à Tours, encouragements aux fabriques, furent l'oeuvre des Intendants. Après la création du département d'Indre-et- Loire (1790), les périodes révolutionnaire et impériale furent peu originales par rapport à l'ensemble du pays. Le 19ème fut une époque de grands progrès économiques, surtout pour l'agriculture et le commerce (nouvelles routes, réseau dense de voies ferrées), alors que seules des industries "légères" pouvaient alors s'implanter, faute de ressources minérales. Les petits villages atteignirent au milieu du 19ème leur population maximale; seule l'agglomération de Tours se développa rapidement, passant de 30 000 à 90 000 habitants. Tours fut capitale de repli au temps des invasions, en 1870 et en 1940. La Première Guerre mondiale fut surtout coûteuse en vies humaines, et la Seconde en ruines matérielles. Reconstruction, puis construction et expansion, avant la crise de 1974, permirent un essor nouveau du département d'Indre-et-Loire. Points de repère : l'Université de Tours en 1970, l'autoroute Paris-Tours en 1974, et bientôt le TGV Atlantique. Une question préoccupante : l'agglomération de Tours, avec 250 000 habitants, compte maintenant la moitié de la population du département.

Loir-et-Cher

Superficie

6 422 km2

Point culminant

Fontaine-Raoul (240 m).

Chef-lieu

Blois. 3 arrondissements. 28 cantons. 291 communes.

Population

305 937 hab. (recensement 1990)

Histoire

Les migrations néolithiques ont laissé leurs traces sur le plateau de Beauce et le long des vallées (Loir, Cisse, Cher). Vers 500 av. J.-C., les Celtes, venus d'Europe centrale, apparurent sur la Loire : les Carnutes à l'est d'une ligne approximative allant de Vendôme à Montrichard. L'appartenance du futur Loir-et-Cher au pays des Carnutes fut alors fixée : les nouveaux venus se scindèrent bientôt en deux groupes, l'un autour de Chartres, l'autre (les Aureliani) à Genabum qui devint Orléans, place céréalière et commerciale de toute la région. Après les invasions barbares, les métropoles religieuses (Orléans, Tours, Chartres, Bourges) se superposèrent à celles de l'administration civile gallo-romaine, bientôt supplantée par le pouvoir du royaume franc; celui-ci passé au christianisme devint le soutien de l'Eglise. Les derniers carolingiens perdirent peu à peu le pouvoir provincial au bénéfice de leurs fonctionnaires régionaux (les comtes) qui luttèrent contre les nouveaux envahisseurs normands et hongrois. Localement, la rivalité, au 11ème des comtes de Blois et d'Anjou, dont les possessions étaient imbriquées, pour la mainmise sur la Touraine, fut marquée par la mise en place des points d'appui stratégiques des deux partis, mais aussi par le développement des anciennes abbayes et la création de nouvelles. La même période vit le retour dans le domaine royal capétien de l'Orléanais, puis de la Touraine; mais les comtés de Blois et de Vendôme ne furent pas rattachés. Plus calmes, les 12ème et 13ème virent succéder un essor agricole aux grands défrichements opérés dès le 11ème par les abbayes; c'est le temps où se fixèrent dans le paysage rural des villages qui pour l'essentiel sont encore les nôtres, cependant que l'habitat dispersé des exploitations céréalières de la Beauce rappelle le souvenir des grandes villas gallo-romaines. Mais l'expansion agricole entre 1356 et 1430 fut brutalement freinée par la guerre de Cent Ans, les incursions des bandes anglaises dans la campagne, l'occupation d'une partie du territoire ou de ses villes. C'est alors qu'entre Tours, Chinon et Bourges, le "Dauphin Charles" (Charles VII) s'installa pour fuir l'Anglais qui régnait à Paris. L'épopée de Jeanne d'Arc commença à Chinon; à Blois, la Pucelle rassembla son armée; en délivrant Orléans, elle libéra symboliquement la France (8 mai 1429). Une seconde campagne la vit traverser Saint-Aignan, Selles-en-Berry, Mennetou, avant les dernières batailles sur la Loire et en Beauce (Patay, 18 juin). Du même coup, la destinée royale du Val moyen de la Loire se noua pour deux siècles : charme du pays, essor des campagnes et des villes retinrent après Charles VII, Louis XI, qui s'attarda volontiers en Touraine; son fils Charles VIII, qui fut le roi d'Amboise, amorça les guerres d'Italie où s'enlisèrent ses successeurs; mais en contrepartie de ces guerres désastreuses, les rois de France apprécièrent un nouveau mode de vie, un renouvellement des lettres et des arts, un retour - une "renaissance" - à la culture antique adaptée au monde chrétien, qui s'était déjà manifestée sporadiquement, mais jamais avec la même ampleur. Après l'assassinat du duc de Guise à Blois (1588) et celui d'Henri III l'année suivante, la Loire cessa d'être la vallée des rois. Henri IV et Louis XIII gouvernèrent de Paris, Louis XIV et ses successeurs de Versailles, même si les séjours à Chambord du Roi-Soleil eurent pour conséquence l'achèvement et la restauration du château. En 1685, la révocation de l'édit de Nantes provoqua la quasi- disparition de l'horlogerie blésoise et transforma profondément, à Blois, les milieux de la bourgeoisie, de l'administration et du commerce. En 1698, un évêché y fut créé pour démembrer celui de Chartres, qui s'étendait démesurément jusqu'à la Sologne, et aussi pour lutter contre le jansénisme, alors puissant dans le Blésois. Au 19ème, l'apparition d'une économie industrielle ne se manifesta que ponctuellement et tardivement (chocolaterie à Blois), ou par la survie trop souvent provisoire d'industries de l'Ancien Régime (draperie à Romorantin, ganterie à Vendôme, fonderie près de Fréteval, verrerie dans le Perche). Au 20ème, après la Première Guerre mondiale, l'économie rurale a évolué en qualité : vignoble, asperges, cultures fruitières, oignons à fleurs, champignonnières, conserveries.

Géographie

Le relief, faible, de coteaux au nord (Perche), puis de plateaux (Beauce et Sologne de part et d'autre de la Loire), est marqué par les trois coupures des vallées; celle de la Loire dans l'axe nord-est/sud-ouest, et, de part et d'autre, celles de ses deux affluents, le Loir et le Cher; le Sauldre draine vers le Cher les eaux de la Sologne. Sauvage, belle et pauvre dans sa partie orientale, la Sologne couverte de bois peuplés d'étangs est parcourue de petits affluents de la Loire, comme le Beuvron. Le Val est délimité rive gauche par le Cosson, rive droite par la Cisse, parallèles au fleuve. Au nord du département, la Braye et l'Egvonne serpentent entre les collines du Perche. Le calcaire sous-jacent à la riche terre à blé de la Beauce fait saillie en falaises sur les trois rivières dans leur cours inférieur, respectivement à partir de Vendôme, de Chaumont-sur-Loire et de Saint-Aignan. Des sables profonds, restes de la mer des faluns, déposés dans la frange occidentale de la Sologne (région de Soings, Contres, Pontlevoy), en font une région fertile; plus à l'est, d'autres sables se combinent avec les argiles, qui maintiennent l'eau. La Loire elle-même charrie, sous la forme de sables de rivière, les produits détritiques du Massif central. L'argile à silex a favorisé la croissance des forêts : régions de Marchenoir et Fréteval, forêts de Blois, de Boulogne-Chambord et de Russy près de Blois, de Bruadan à l'est de Romorantin.

Arts, activités et économie

Cet équilibre se lit à travers les lignes du paysage et des bâtiments en un contrepoint qu'il faut sauvegarder : témoins de l'histoire, ces édifices constituent les lettres de noblesse du "pays entre Loir et Cher", tout comme les paysages chantés par Charles d'Orléans, Pierre de Ronsard, l'Orléanais Charles Péguy et plus récemment Maurice Genevoix. Passant l'âge des mégalithes et celui des hautes ruines romaines de Thésée sur le Cher, on discerne des périodes successives. D'abord l'âge roman, évoqué par les forteresses féodales de Fréteval, Lavardin et Montoire-sur-le-Loir, par celles, aux rives de Loire, qui ont précédé sur leur site les châteaux actuels de Chaumont et de Blois; par d'autres qui subsistent sur le Cher à Montrichard, puis à Saint- Aignan et à Selles, où l'architecture des 16ème et 17ème a pris leur place dans les enceintes féodales; la petite ville de Mennetou-sur-Cher reste ici l'un des rares témoins médiévaux, serrée dans son enceinte; à la fin de l'époque gothique, le château de Fougères- sur-Bièvre fut le dernier château féodal à peine touché par la grâce du 16ème, avec le délicieux manoir du Moulin près de Lassay-sur-Croisne; la parure des églises romanes est incomparable : les abbatiales de la Trinité de Vendôme, Saint-Lomer de Blois, Notre-Dame de Pontlevoy, Notre-Dame d'Aiguevives, la collégiale de Saint-Aignan et le petit prieuré de Saint-Lazare de Noyers, la collégiale de Selles-sur-Cher avec ses précieuses colonnes de marbre aquitain du 7ème et ses frises du 12ème, au pourtour de l'abside; puis les églises à peintures murales de la vallée du Loir : Areines, Saint-Gilles de Montoire, Saint-Jacques-des-Guérets, les fresques récemment découvertes dont une précieuse épave subsiste à la salle capitulaire de la Trinité de Vendôme; enfin d'admirables ensembles urbains comme Lavardin où château, église, village, courbe du Loir combinent leurs harmonies. Le 16ème nous a laissé, entre le Blois modeste de Louis XII puis triomphal de François Ier, et Chambord qui s'identifie à la gloire du roi de la Renaissance, son charmant voisin Villesavin (Tour-en-Sologne); puis Chaumont, à peine transformé, ouvrant ses fenêtres sur les horizons de Loire; La Possonnière à Couture, maison natale de Pierre de Ronsard, et près de Lois, Beauregard (Cellettes) où du Thier, qui le fit reconstruire, nous ramène à Ronsard, son ami; Talcy, modeste oasis de verdure au milieu des moissons beauceronnes, accoté à son moulin à vent, et sa destinée poétique avec Cassandre Salviati, la première muse de Ronsard, puis Diane, sa nièce, et les amours du huguenot Agrippa d'Aubigné. Au début du 17ème, l'architecture classique paraît à Selles chez le frère de Sully, Philippe de Béthune, puis à Cheverny et à Blois : pour ce dernier château, Gaston d'Orléans, le frère insoumis de Louis XIII, s'est adressé à François Mansart : on ne bâtit plus "à la ligérienne", mais "à la française". Au 18ème, à Blois encore, si la cathédrale reconstruite demeure tardivement gothique, l'évêché et le pont sont l'oeuvre de Gabriel; à Menars, les architectures de Soufflot s'inscrivent harmonieusement dans les jardins qui surplombent la Loire de leurs plans étagés. Ici plus qu'ailleurs l'architecture est aussi un art de vivre qui empreint toutes les demeures, des résidences royales aux maisons troglodytiques voisinant avec les caves des 3 vallées dans leur modestie hors du temps. Le Loir-et-Cher connaît actuellement une vie culturelle active, outre les manifestations qui s'y déroulent à longueur d'année : les associations traditionnelles ne se tournent pas seulement vers l'érudition, mais se préoccupent aussi de la sauvegarde et de la restauration d'un patrimoine menacé, telle la "Fondation Loir-et-Cher".                                                                                                                  

Loiret

Superficie

6 775 km2

Point culminant

entre Gernoy et Pierrefitte-les-Bois : 275 m.

Chef-lieu

Orléans. 3 arrondissements. 41 cantons. 334 communes.

Population

580 612 hab. (recensement 1990)

Histoire

Le but essentiel de la Convention, en découpant la France en départements, était de briser l'unité des anciennes provinces de la monarchie; le Loiret illustre parfaitement cette disposition. Sans doute est-il formé principalement de la partie la plus importante de l'ancien Orléanais, mais son territoire a été complété d'autres unités provinciales qui en font une véritable mosaïque : au centre-ouest l'Orléanais, le Dunois, la Beauce au nord, le Gâtinais au nord-est, la Sologne au sud ainsi qu'une fraction de la Puisaye et du bas- Berry. Ce territoire occupe (avec Orléans à la courbe supérieure de la Loire) à la fois une place stratégique essentielle et un des noeuds de communications naturelles les plus importants de France. Il était peuplé avant l'arrivée des Romains par les Carnutes et les Senonais qui opposèrent une résistance opiniâtre à l'occupant. Tout au long des invasions barbares, il fut âprement disputé, notamment par les Francs, en raison de son caractère de carrefour stratégique, mais aussi à cause de la richesse de son terroir. Il constituait à la naissance de la dynastie capétienne une pierre angulaire du royaume : Hugues Capet, premier comte de Paris, reçut en fief l'Orléanais qui resta aux mains des rois de France jusqu'à Philippe Auguste. Philippe de Valois érigea la province en duché en 1344. La région souffrit cruellement de l'invasion anglaise au cours de la guerre de Cent Ans, et s'illustra avec la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc en 1429. Enfin Louis XII réunit l'Orléanais à la Couronne et la province resta désormais l'apanage des familles princières. Au cours des guerres de Religion, le Loiret fut touché assez sérieusement par les deux vagues de 1560 et 1590 : les destructions d'églises et les pillages furent tout à fait comparables, sinon supérieurs, à ceux de la Révolution, et les débats furent aussi vifs qu'à Paris. Le Loiret fut le dernier département occupé au cours de la guerre franco-allemande de 1870/71, au moment où celle-ci se terminait.

Géographie

Le Loiret occupe le centre-sud du Bassin parisien aux terrains d'origine tertiaire. La géographie du département reflète la disparité de sa constitution administrative. La grande boucle de la Loire, de Briare à Beaugency, constitue l'épine dorsale du département autour de laquelle s'articulent 4 régions principales : la plaine uniforme de la Beauce au nord-ouest constituée d'un plateau calcaire recouvert d'un limon fertile consacré aux céréales; le Gâtinais au nord-est aux terrains variés et au relief vallonné, plus ouvert à la polyculture où dominent les céréales et la betterave; l'Orléanais qui occupe le centre et dont les terrains siliceux portent surtout de la forêt; le Val de Loire constitue un couloir alluvionnaire aux riches cultures spécialisées : vergers, vignes, pépinières, maraîchage; la Sologne occupe presque tout le sud du département : c'est un plateau sablonneux sur socle d'argile dont le terrain peu fertile est recouvert de bois, de landes, de nombreux étangs et où quelques cultures maraîchères rappellent que la région fut assainie et défrichée au Moyen Age; ces cultures évoquent peut-être la première vocation de la Sologne qui était un pays riche jusqu'au 14ème de ses petites cultures et d'une population relativement nombreuse; c'est aussi en Sologne que se situe le relief le plus accentué du département. L'hydrographie se rapporte presque exclusivement à la Loire vers laquelle convergent la plupart des rivières, certaines comme le Loiret étant elles-mêmes des résurgences dues aux infiltrations du fleuve; au nord du département, le Loing et l'Essonne appartiennent au bassin de la Seine; les marais, qui existaient jadis au sud de la Beauce, ont été drainés au Moyen Age vers la Loire par des petits cours d'eau creusés de mains d'homme, les Mauves. Carrefour de voies exceptionnel (vers Paris, Lyon, le Massif central, Bordeaux), le Loiret était également doté d'un ensemble de voies fluviales : cours de la Loire autrefois navigable; canaux du Loing, d'Orléans et de Briare, témoins d'une activité passée (sauf peut-être le canal du Loing à Montargis). L'économie du département est principalement constituée par l'agriculture (spécialisée et industrielle), l'exploitation forestière généralisée, l'élevage bovin, les produits de basse-cour, l'apiculture; à l'exception de quelques fabrications de mécanique lourde dans le Val de Loire, l'industrie légère se diversifie avec les produits chimiques, la métallurgie, les petites unités textiles (Orléans, Montargis), les jouets (Briare); importantes industries agroalimentaires (région d'Orléans et de Pithiviers); la célèbre céramique de Gien a disparu en 1984, ainsi que le principal vinaigrier d'Orléans; par contre l'on note la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly; enfin un art culinaire de haute qualité et les spécialités gastronomiques régionales (vinaigre et volailles d'Orléans, pâté d'alouette et gâteau de Pithiviers, gibier et pâtés de Sologne, saumons de la Loire, pralines de Montargis, vins de la Loire, miel du Gâtinais...) ont fait le tour du monde. Le département est également un domaine privilégié de la pêche et de la chasse : rivières poissonneuses au peuplement varié (notamment saumons et aloses de la Loire); la chasse se pratique sous toutes ses formes : à courre et à tir, au grand gibier d'eau, en plaine et dans les bois, en forêt d'Orléans et dans le haut lieu cynégétique qu'est la Sologne. Le climat, à mi-chemin des influences océanique et continentale, reste agréable et tempéré à l'image du pays, ce qui favorise le caractère résidentiel du département. La nature Les contrastes de la géographie se retrouvent dans la nature. Sa beauté et son charme justifieraient à eux seuls la convoitise que la région a toujours provoquée au cours de l'histoire, outre sa situation capitale et la richesse de ses ressources. L'uniformité, mais aussi la plénitude, des plaines traitées en monoculture, est coupée de bois et de vallons, surtout dans le Gâtinais. Les bois recouvrent la majeure partie de l'Orléanais, en particulier la vaste et superbe forêt domaniale d'Orléans. Le Val de Loire, dont on a si souvent décrit le charme, la douceur, l'opulence et les jardins, constitue une succession de sites admirables; la Sologne, avec ses landes, ses bois et ses étangs, est empreinte d'un charme romantique un peu triste, mais d'une grande beauté. A peu près partout la nature reste intacte malgré les empiècements de la civilisation. la vocation rurale, les traditions de la chasse, sans doute aussi le caractère des habitants ont fait du département l'un de ceux où la beauté de la nature reste la plus protégée.

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